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Expédition en Pack-Raft en Amazonie

22 décembre 2025

Description

𝐑𝐞𝐜𝐢𝐭 𝐝’𝐚𝐯𝐞𝐧𝐭𝐮𝐫𝐞 – 𝟔𝟎𝟎 𝐤𝐦 𝐚 𝐥𝐚 𝐫𝐚𝐦𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞 𝐟𝐥𝐞𝐮𝐯𝐞 𝐕𝐚𝐮𝐩𝐞𝐬 en Amazonie (Colombie-Bresil)

Tout commence mi-octobre, à San José del Guaviare. Nous montons dans une avionnette, et très vite le paysage rural disparaît sous un tapis vert. À peine décollés, une zone de turbulence nous secoue violemment — comme un présage de l’aventure qui nous attend. À Carurú, sur la rive du fleuve Vaupés, la tension est palpable. Des groupes armés circulent dans la région et les militaires nous parlent à voix basse de la situation. La suspicion d’être entendue est bien présente. Ici, les murs ont des oreilles. Malgré les risques, nous décidons de mettre nos embarcations à l’eau. Notre mission est claire : descendre le Vaupés et réaliser un documentaire sur l’histoire et la cosmogonie indigène de ce fleuve mythique.

À l’aube, la jungle s’éveille. La brume épaisse s’élève de la forêt avant d’être percée par les premiers rayons du soleil. Les toucans, aras et singes hurleurs accompagnent nos premiers coups de pagaie. Puis la chaleur se fait sentir, l’air se charge d’humidité, et dans le ciel naît un spectacle titanesque : des géants blancs s’élèvent à une vitesse considérable. De réelles explosions naturelles qui s’étendent à une vitesse phénoménale pour se transformer en une muraille sombre uniforme qui avance à toute vitesse. Le vent s’intensifie, le tonnerre gronde : la tempête fonce droit sur nous.

Protégés par un simple carré de plastique, nous observons la rage du fleuve devenu semblable à une mer déchaînée : des vagues énormes remontent le courant. La forêt parfois impénétrable nous oblige à affronter ces intempéries. Si les vagues deviennent fortes, nous devons nous mettre au bord et patienter. Détrempés, nous continuons à naviguer. Le fleuve n’a rien de docile : rapides, cascades, tourbillons… chaque obstacle exige une vigilance totale. Ces eaux ont déjà emporté de nombreuses âmes, englouties par les eaux et recrachées seulement quelques jours plus tard en aval sur la rivière. Nous ne souhaitons pas connaître le même sort.

Nous posons pied à terre en analysant la voie à emprunter. La peur au ventre, l’esprit fixé sur la voie choisie, nous nous élançons dans les rapides. Et quand, enfin, la pagaie ressort de l’écume en un cri de joie intense mêlé à l’adrénaline du moment.

Le soir venu, nous remontons de petites rivières pour disparaître dans la jungle et installer notre bivouac, ou nous nous arrêtons dans les communautés pour tisser des liens avec les peuples du Vaupés.

Dans cette région, il n’existe aucune communauté ne comportant qu’une seule ethnie. L’exogamie est un fait culturel : il est interdit d’avoir une relation avec un membre de la même ethnie.

Trois grands bouleversements donnent également une explication à cette disparité ethnique : dans toute la région du Vaupés, les indigènes ont subi l’esclavage de l’époque du caoutchouc durant laquelle, sous la menace de la mort, ils devaient extirper la sève blanche des hévéas pour le compte de Blancs. Ensuite, l’arrivée des catholiques a également éloigné les indigènes de leur terre et culture en diabolisant tout objet émanant de leur racine. Enfin, l’époque de la cocaïne, où les indigènes transformaient le coca pour le compte de la FARC.

La première partie de notre périple nous mène à des communautés majoritairement d’ethnie kubeo. Je m’attendais à un accueil distant, marqué par l’histoire douloureuse. Malgré tout, les communautés nous ouvrent les portes de leur maloca (maison traditionnelle). Tôt le matin, les femmes posent les unes après les autres des marmites de mingau, chivé et quiñapira ainsi que quelques plats de cassave et du poisson fumé. C’est à ce moment que nous expliquons notre venue et notre intention. L’intérêt qu’on porte à leur culture suscite une curiosité partagée qui entraîne parfois les anciens à se munir de leur carriso pour enjoyer la foule de leur musique. Les liens se tissent, la confiance s’ouvre, les Kubeos nous ouvrent la porte des lieux sacrés où résidait autrefois Kuwai. C’est avec l’esprit du mambé, préparation à base de coca et de yarumo, que nous marchons des heures durant à travers jungle et savane pour trouver les lieux sacrés.

Des lieux qui ont tissé l’histoire et la connaissance de ces peuples car tout leur savoir émane de la connexion spirituelle qu’ils avaient avec ceux-ci. Bien souvent, d’immenses pierres, roches, montagnes où l’énergie qui y émane nous fait vibrer de frissons.

Puis viennent les communautés majoritairement Kotyras (Guananos) et Tucanos, gardiens de l’histoire du Grand Anaconda céleste, descendu de la Voie lactée pour donner naissance à l’humanité et dessiner les courbes des rivières que nous pagayons depuis plus d’un mois.

Le premier contact avec ces communautés situées à la frontière entre le Brésil et la Colombie est encore plus suspicieux qu’au préalable. Tous pensent que nous faisons partie de la guérilla. Nos intentions dévoilées, l’atmosphère se détend et les indigènes nous racontent leur histoire.

Lors d’une interview, un leader indigène nous dit : « Ce que les Blancs appellent mythologie, pour nous c’est l’Histoire. Parce qu’ils n’ont pas d’histoire avec la forêt, ils ne la respectent pas et la voient comme une ressource à exploiter. »

Nous rencontrons ensuite les derniers payés (chamanes) du Vaupés, capables — par la prière, les plantes et la puissance de l’eau — de soigner les corps et les âmes.

Plus d’un mois à naviguer, 600 km pour atteindre la ville frontalière de iavaraté. Un mois à apprendre, écouter, ressentir, à suivre les traces d’un monde magique menacé par la mondialisation. Un mois à retrouver la magie, l’essence même de la vie.

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